Assemblée Général du 24 Février 2008
RAPPORT MORAL ET D’ACTIVITE DE L’ASSOCIATION DES NATURALISTES DE MAYOTTE présenté à l’assemblée générale du 24 février 2008
Avec cette 10ème assemblée générale l’association achève sa 9ème année d’existence (création de l’association le 12 février 1999). A ses activités d’origine, axées sur l’environnement et le patrimoine, l’association a ajouté progressivement d’autres secteurs, en développement.
PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT
La dernière A.G. nous avait mandatés pour développer davantage cette activité. Sous l’impulsion du vice-président, Philippe de Grissac, l’association a élaboré un document adressé aux candidats aux élections législatives pour les alerter sur les enjeux environnementaux. Elle a également apporté sa contribution au "Grenelle de l’environnement". Depuis un an a été créée la première réserve naturelle nationale de Mayotte : l’îlot M’Bouzi. L’association est représentée par son vice-président dans le comité consultatif et est candidate à la cogestion, voire à la gestion, de cette réserve. L’association suit également avec attention le projet de création de parc marin du lagon de Mayotte. Sur le terrain, l’association participe aux différentes initiatives menées sur l’île : opérations nettoyage, journée de l’environnement, fête de la science, semaine du développement durable, journée de l’environnement marin… Les Naturalistes ont lancé l’an passé un projet mangrove qui s’est concrétisé par deux réalisations : une opération de replantation de mangrove urbaine avec quatre classes de collèges dans les secteurs Doujani-M’tsapéré et la réalisation d’une belle exposition de 10 panneaux sur la mangrove, réalisée par une équipe d’enseignants naturalistes. Cette exposition circule depuis septembre dans les établissements scolaires.
VALORISATION ET PROTECTION DU PATRIMOINE
Tout comme l’environnement, le patrimoine n’est guère un sujet mobilisateur à Mayotte, mais il y a cependant des évolutions positives. L’association participe chaque année aux journées européennes du patrimoine, le troisième week-end de septembre. Cette manifestation est coordonnée par la direction des affaires culturelles (préfecture). Les services concernés du conseil général ne s’y étaient pas associés cette année pour cause de ramadan. Cette session 2007 a été un réel succès : reportages des média, environ 600 visiteurs au musée (dont une notable proportion de Mahorais) où plusieurs associations présentaient des animations aux côtés des Naturalistes. Pour l’occasion l’association avait entrepris la construction d’une habitation traditionnelle mahoraise (shanza) qui a suscité un réel intérêt. L’association avait innové cette année en créant un rallye du patrimoine. Organisé par Marie Didierjean, avec l’assistance de Saïd Ali, ce rallye a concerné vingt classes (près de 600 élèves) sur le thème "du sucre à l’ylang". Une cérémonie de remise des prix aux vainqueurs, sponsorisée par notre partenaire SFR, a eu lieu dans l’hémicycle du conseil général sous la présidence du vice-recteur et du directeur des affaires culturelles. L’intérêt pour l’éducation au patrimoine est pris en compte par le vice-rectorat qui lui destine une place comparable à celle de l’éducation à l’environnement dans le projet académique d’action 2008-2011. En liaison avec les archives départementales et les affaires culturelles l’association s’efforce de valoriser les sites patrimoniaux. Ainsi, en partenariat avec la DAC qui fournit les financements, l’association va faire procéder aux relevés topographiques des sites sucriers de Soulou et Hajangoua. Les archives départementales pour leur part envisagent de financer un poste de chargé de mission dans l’association pour le recueil de la mémoire orale.
ECOMUSEE ET TOURISME
Les travaux d’extension du musée sont suspendus depuis un an. L’entrepreneur et l’architecte sont totalement responsables de ces retards. L’association est en attente d’une décision du conseil général pour la reprise des travaux. De son côté, la direction du développement économique et du tourisme se dit prête à aider au développement de l’écomusée, indépendamment des travaux d’extension. Pour l’instant nous n’en sommes pas encore là et, récemment, la nouvelle agence réceptive des croisières (Bleu Ylang) a purement et simplement rayé l’écomusée de son circuit, sans la moindre discussion préalable. La fréquentation du musée est en progrès : 7300 entrées, mais moins de 5000 sont des entrées payantes, soit une recette d’environ 10 000 euros qui est loin de pouvoir financer les salaires et le fonctionnement du musée. Par ailleurs la fréquentation des croisiéristes qui a été en net progrès jusqu’en septembre s’est effondrée après cette date pour la raison précédemment indiquée. Enfin, si la fréquentation des groupes de jeunes à l’occasion des journées du patrimoine ou pendant les vacances scolaires est en augmentation, en revanche, l’accueil des groupes scolaires est encore en dessous de nos espérances. En décembre dernier l’association a envoyé le responsable du musée en stage à la Réunion, au conservatoire botanique national des Mascarins et au centre permanent d’initiatives pour l’environnement. Cet effort de formation entrepris par l’association vise à professionnaliser davantage l’équipe du musée. Récemment, l’association s’est positionnée dans le débat sur l’avenir du tourisme à Mayotte en rendant publique une note "pour un tourisme durable".
SORTIES
Les sorties organisées par l’association ont pour objectif de faire découvrir le patrimoine naturel et culturel de l’île. Coordonnées par Claudine Garcia et Gérard Amann, ces sorties ont été un peu moins nombreuses cette année, faute de candidats suffisants pour assurer l’encadrement. C’est un point sur lequel nous devrons rechercher des améliorations. Certaines sorties thématiques ont été particulièrement bien suivies. Un projet de voyage à Anjouan est prévu cette année. Sa réalisation est encore dépendante de l’état de tension qui règne entre Anjouan et l’Union des Comores.
ETUDES
L’association joue un rôle de plus en plus important dans la production de connaissances sur la biodiversité ou l’histoire de Mayotte. Certains articles publiés récemment dans "Univers Maoré" en témoignent (flore et végétation, hydraires, faune d’eau douce, fouilles archéologiques d’Acoua, etc). L’activité des ornithologues de l’association va être prochainement valorisée par l’édition du premier guide des oiseaux de Mayotte. La section ornithologique poursuit depuis trois ans un comptage régulier des oiseaux d’eau de Mayotte. En partenariat avec la DAF, l’association a accueilli des jeunes stagiaires sur des projets de recherche à Mayotte. Rebecca Guezel a effectué un stage de plusieurs mois pour un une étude sur le projet de parc marin de Mayotte. Jeanne Tonnabel a fait l’an passé un premier séjour de deux mois qui sera prolongé cette année par un stage long pour étudier le régime alimentaire des makis et leur impact éventuel sur les cultures.
CONFERENCES
Depuis trois ans l’association a organisé exactement trente conférences. Marie Didierjean a assumé la plus grande partie de la lourde tâche de préparation de ces conférences. Parmi les conférenciers de l’année écoulée nous avons accueilli quelques intervenants extérieurs réputés : Steven Goodman, Claude Allibert, Bernard Thomassin, Francis Hallé. On note néanmoins une participation moins massive que dans le passé, en dépit de la qualité des intervenants. Il sera nécessaire de s’interroger sur les causes de ce constat et chercher à y porter remède.
PUBLICATIONS
Lancée en novembre 2005 comme "revue à caractère scientifique et culturel pour Mayotte et l’océan Indien", "Univers Maoré" a publié jusqu’à maintenant 8 numéros (le 9ème est sous presse). Les commentaires sur le contenu des articles et la réalisation technique sont généralement élogieux. Nous pouvons compter sur deux points d’appui solides et fidèles : Eric Gintrand, chargé de la réalisation et Précigraf, notre imprimeur à Maurice. En revanche il nous faudra améliorer la diffusion et les abonnements. Nous avons décidé de constituer un conseil scientifique de la revue. Nous avons rassemblé treize chercheurs et universitaires travaillant ou ayant travaillé sur Mayotte et la région (Comores et Madagascar) pour parrainer la revue et asseoir davantage encore sa crédibilité. Plusieurs numéros hors série sont en projet, parmi lesquels un numéro sur l’eau et un numéro sur les biographies de Mayotte. Enfin nous allons inaugurer dans quelques semaines la sortie du premier guide naturaliste de l’association. Ce guide exhaustif des oiseaux de Mayotte réalisé par Michel Clément, Philippe de Grissac, Robin Rolland et l’appui technique précieux d’Eric Gintrand, permettra enfin de disposer à Mayotte d’un guide de qualité. D’autres projets sont en préparation comme un guide de la flore sur lequel travaille une équipe animée par Gérard Marquet, ou les libellules des Comores avec Alain Gauthier. Nous envisageons également, à côté de la série des guides naturalistes, d’éditer des guides du patrimoine.
ACTIONS EN DIRECTION DES JEUNES
Nous poursuivons depuis plusieurs années l’objectif d’encadrer et former des jeunes Mahorais à l’environnement et au patrimoine. Ces interventions s’effectuent pour partie dans le cadre de l’éducation à l’environnement pour un développement durable mené par des adhérents de l’association en milieu scolaire. En tant qu’association nous pouvons nous inscrire dans le dispositif de l’EEDD, piloté cette année par Fabrice Cugny, en produisant des outils pédagogiques comme nous l’avons fait par exemple pour la mangrove. L’association est également régulièrement mise à contribution pour accompagner des classes en projet d’action éducative, ou même sollicitée directement par des élèves qui mènent des travaux personnels encadrés sur le thème de l’environnement. L’association anime également, directement ou en partenariat, trois groupes de jeunes adhérents naturalistes : les "naturalistes juniors" de Koungou qu’encadre Hélène David, les jeunes apprentis-plongeurs qui s’initient à la découverte du milieu marin avec l’association partenaire "Papa club" d’Emmanuel et Florence Dumas, et les "étudiants naturalistes" (des jeunes de l’IFM, de BTS, du CEFSM). Ces derniers participent en partie aux sorties de l’association et peuvent aussi avoir des activités spécifiques. Le potentiel de jeunes à initier aux ressources de leur pays est énorme et les besoins d’encadrement sont considérables. Tous ceux qui peuvent y contribuer sont les bienvenus mais nous devrons envisager aussi de recruter un animateur nature qui pourrait concevoir et organiser des activités pour les jeunes, hors temps scolaire. L’association est également sollicitée pendant les congés scolaires pour accueillir des groupes sur le site du musée (CCLEJ, MJC, associations diverses). C’est pour mieux répondre à cette demande que Saïd a été envoyé en stage au CPIE de la Réunion. Si un animateur nature était recruté nous pourrions augmenter la capacité d’accueil des groupes à Jimawéni.
VIE DE L’ASSOCIATION
Pour la deuxième année consécutive les effectifs de l’association dépassent les 200 adhérents, bien que nous ayons enregistré cette année une baisse par rapport au maximum historique de l’an passé. Compte tenu des adhésions familiales, les 217 adhésions enregistrées cette année représentent un peu plus de 290 personnes, enfants non compris. Les divers personnels de l’éducation nationale constituent toujours le gros des troupes, mais les administrations de l’Etat et de la collectivité en fournissent ensemble près de 10%, il en est de même pour les professions de santé. 42 adhérents sur 217 sont Mahorais, soit 19%, ce qui est le pourcentage le plus élevé que nous ayons atteint et ce qui est encourageant dans la perspective de prise en charge par les Mahorais des destinées de l’association. Sur ces 42 adhérents il y a une trentaine de jeunes, les autres représentant la lente progression de l’association parmi la population mahoraise. L’information de nos adhérents se fait essentiellement par courrier électronique et par le site internet qu’anime Gérard Amann. Nous avons innové cette année en éditant une lettre d’information mensuelle dont nous aimerions savoir comment elle est perçue. Malheureusement, une proportion non négligeable des adhérents (15%) n’a pas de mail ; à ceux-là s’ajoutent ceux qui ont résilié leur adresse sans nous prévenir, ceux dont la boite est encombrée depuis des semaines, ceux qui ont (ou dont nous avons) mal orthographié l’adresse, etc… Au total c’est donc environ un adhérent sur cinq qui ne reçoit pas l’information. Pour améliorer les échanges avec les adhérents nous avons tenté à deux reprises, en juin et en décembre, d’organiser des "rendez-vous naturalistes" dans un cadre convivial, avec un programme intéressant. Le résultat n’est cependant pas très encourageant : il faudrait réfléchir à l’amélioration de la formule. L’absence d’un local de permanence à Mamoudzou se fait cruellement sentir. L’association ne dispose ni de salle de réunion, ni de lieu de stockage de ses documents et archives, ni de matériel de bureau. Le président reçoit à son domicile tout le courrier électronique et les appels téléphoniques concernant l’association, ce qui représente un temps de mobilisation quotidien de plus en plus pesant. Le "Caribou" ou le "5x5" constituent nos lieux de rendez-vous habituels. Les adhérents qui veulent rencontrer l’association pour un renseignement, pour donner leur adhésion ou prendre des affiches ne peuvent le faire. Il est donc urgent de trouver une solution à cette question qui handicape le développement de l’association et décourage les bonnes volontés. L’association est affiliée à France Nature Environnement (FNE), au Groupement des Naturalites d’Outre Mer (GNOM) et à la Fédération des Associations Rurales de Mayotte FEDAR). Elle est adhérente à l’association "Papa Club". Le conseil d’administration, une douzaine de membres l’an passé avec des degrés d’engagement divers, anime la vie de l’association. C’est le lot de presque toutes les associations de déplorer l’insuffisance du nombre de volontaires pour proposer des activités ou représenter l’association, mais nous espérons vraiment cette année une plus forte mobilisation de tous, y compris des Mahorais, ce qui permettrait d’alléger la tâche de chacun.
Après neuf années d’existence le bilan de l’association des Naturalistes est remarquable. Qu’en soient remerciés tous ceux qui, dans les années passées, y ont contribué en y consacrant un peu de temps et d’énergie. C’est maintenant la tâche de la génération présente de prendre le relais…

